mercredi 31 août 2022

La rentrée... mais où?

 



On a l’habitude de rentrer à l’extérieur, au-dehors : on rentre au pays, à l’école, au travail, dans sa maison, dans sa chambre…  On peut aussi, au figuré, rentrer dans les ordres, rentrer dans le rang, rentrer dans les détails… Mais rentrer à l’intérieur, est-ce bien un mouvement qui nous est familier?

 

Pourtant, rentrer c’est bien, selon la définition officielle, « pénétrer à nouveau dans un lieu d'où on est sorti ». 

 

Alors, rentrer en Soi, c’est revenir là en un lieu d’où l’on est sorti. On en est sorti pourquoi? Parce qu’on pensait peut-être que tout se passait au-dehors. Ou qu’au-dehors c’était mieux, plus excitant, plus intéressant. On a déserté notre intérieur, notre Maison du dedans. Vraiment? Non. On l’a déserté en conscience, car il ne s’agit pas ici d’un lieu physique dans lequel on entre par une porte visible. Il s’agit d’un lieu en conscience où l’on entre par la porte de la conscience. Il faut être conscient de cet intérieur pour y être. 

 

Plus, il faut être conscient de cette identité véritable qui nous permet d’y accéder, la reconnaître, car là est la porte. Yeshoua nous l’a révélé : « JE suis la porte : si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé, il ira et viendra et trouvera de quoi se nourrir… il trouvera des pâturages. » (Jean 10:9)

 

JE, est la porte. Quand on passe par la porte du sens limité et erroné de « je », nous nous trompons de porte. Cette porte ouvre sur un monde conceptuel, tout comme la porte elle-même qui est un concept, une fausse représentation de soi. Mais ce JE dont il est question ici dans la déclaration de Yeshoua, ce n’est pas un concept : « JE suis la Vie », a-t-il dit aussi. Cette porte ouvre donc sur la Vie!  Et c’est ça qui nous sauve, parce que dans le monde de concepts, on n’était pas vraiment dans la vie. 

 

Et il nous dit aussi que nous trouverons, en passant par cette porte, de quoi nous nourrir. On a l’habitude d’entrer à l’épicerie quand on veut de la nourriture ou d’entrer dans notre imagination quand on veut s’évader. Mais, avons-nous l’habitude d’entrer, là où nous allons vraiment trouver de quoi nous nourrir? Si nous n’y allons pas, c’est comme si nous ne mangions pas. Et nous devenons affamés, nous avons l’impression qu’il nous manque quelque chose, nous devenons las, fatigués, épuisés. C’est un signe qu’il est temps de rentrer à la Maison, de rentrer en Soi. N’est-ce pas?

 

Comment fait-on? « Va, mon peuple, rentre chez toi, Et ferme la porte derrière toi; cache-toi pour quelques instants, Jusqu'à ce que la colère soit passée. » (Ésaïe 26:20)

 

« Mais toi, quand tu pries, entre dans la pièce la plus retirée, ferme la porte et prie ton Père qui est dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » (Matthieu 6:6)

 

On entre au-dedans et on ferme la porte. Quelle porte? La porte des concepts sur soi, sur les autres, et sur le monde. La porte des images qui nous sont présentées et qui traduisent ces concepts. On oublie ce monde pour un moment, car on veut la Vie, pas des idées sur la vie! Alors, on se détourne consciemment de tous ces concepts, on entre par la porte qui ouvre vers l’intérieur et on reste là, tranquille, dans une conscience confiante et vigilante, sachant que là, on sera sauvé… la colère va passer, la douleur va passer, l’amertume va passer… Et on sera nourri… le contentement, la paix, la joie, le rassasiement des profondeurs viendront et des pâturages nouveaux, des horizons nouveaux nous seront révélés. 

 

De Grâce, apprenons à rentrer à l’intérieur! La porte est toujours là, car JE est là, au milieu de nous… Et apprenons aussi à y rester, car c’est à partir de là que tout rentre dans l’Ordre dans nos vies. 



Marie-France Côté



samedi 2 juillet 2022

Le Livre de la Nature

 



La Nature est comme un livre… 

On peut laisser le livre sur le coin de la table et ne pas s’y intéresser.
On peut le laisser fermer et de temps en temps jeter un coup d’œil sur le couvert, furtivement.  

On peut aussi l’ouvrir et, de temps en temps lire quelques passages, mais sans plus, sans entrer dans l’histoire, sans laisser la chance à l’histoire de nous être racontée.

On peut aussi commencer à le lire et se dire qu’on connaît l’auteur, qu’on a tout lu de lui, qu’on connaît son style par cœur et qu’on sait d’avance où il veut en venir. Ainsi, on se fait une idée et, de cette façon, on ne se laisse pas surprendre, émerveiller par une trame nouvelle, que nous n’avons pas vu venir, que nous n’avons pas pu imaginer. 

On peut aussi ouvrir le livre et analyser le style de l’auteur, la construction des phrases, plus ou moins réussies selon nos propres critères. Qualifier, évaluer et ne rester ainsi qu’au niveau des mots, de la structure, de l’ossature, sans plonger, sans se laisser prendre par ce qui cherche à nous être transmis… À nous accrocher ainsi aux filets de l’analyse, de la catégorisation, de l’évaluation, nous n’avons pas la possibilité de plonger plus en profondeur.

Finalement, on peut ouvrir non seulement le livre, mais ouvrir surtout tout grand notre cœur, notre conscience, en ne l’encombrant d’aucun a priori, d’aucun qualificatif et véritablement laisser l’histoire nous être racontée. S’immerger totalement dans l’histoire. Pas seulement les mots, les phrases… mais s’ouvrir à l’Esprit de l’Auteur, embarquer totalement dans Son univers… derrière les mots, derrière les personnages, derrière les images… prendre contact avec l’Esprit du Créateur, celui qui a donné naissance à ce livre.

La nature est comme un livre… Allons-nous, non pas nous contenter de seulement ouvrir le livre, mais aussi nous ouvrir et laisser l’histoire nous être racontée par l’Auteur? Un arbre, comme un mot sur une page… pris pour lui-même ce n’est qu’un arbre. On peut l’étiqueter, l’analyser selon sa variété, son allure, ses fleurs, ses fruits. Mais cela nous donne-t-il accès à l’âme de son Auteur? 

Toutefois… si nous restons l’esprit ouvert, sans ajouter de mots aux mots qui sont écrits… sans chercher à écrire nous-mêmes l’Histoire, la deviner, l’imaginer, mais laisser véritablement l’Histoire nous être racontée. Nous allons non seulement découvrir le Grand Livre de la nature, mais surtout, surtout, nous allons découvrir la Nature de son Auteur. 


Marie-France Côté



mardi 31 mai 2022

Être en vacance...


 

Nous vivons dans un monde où tout est segmenté, compartimenté : un temps pour être occupé, affairé, l’agenda bien rempli, la tête, surtout, toujours remplie de ce qui a été, de ce qui aurait dû tourner de telle ou telle façon, mais n’a pas tourné ainsi, de ce qui devrait tourner de telle ou telle façon dans le futur, mais dont nous ne connaissons pas l’issue.  Et ça nous préoccupe. Donc, un temps pour être rempli de soucis, d’appréhensions, de projections, de regrets ou de peurs et… un temps pour les vacances. 

Dans ces fameuses vacances nous espérons pouvoir souffler, être tranquille, nous espérons que les choses tournent de telle ou telle façon et nous sommes évidemment déçus si ça ne se déroule pas comme nous l’avions prévu. Nous avons gardé notre agenda, nous ne sommes pas en vacances. Nous avons une idée de ce que devraient être les vacances. Nous nous sommes accroché encore une fois à une idée, alors que pendant les vacances nous tentons précisément de « décrocher ». Mais décrocher de quoi? 

Qu’est-ce qu’être en vacances? Se retrouver dans un lieu différent de notre lieu de vie habituel, loin de nos tracas et occupations quotidiennes. Ah, nous voulons prendre un recul, nous éloigner, mais nous éloigner de quoi? Du mobilier? Non, sûrement pas. Ne voulons-nous pas plutôt nous éloigner de cet état d’esprit de tous les jours? Est-ce qu’un lieu fera cela? Peut-être qu’en étant plongé dans la nature ou dans un tout nouveau contexte rempli de beautés à découvrir, à contempler cela va nous aider à nous ramener à un état de plus grande disponibilité intérieure. Peut-être, mais il n’y a pas de garantie. Et ce n’est que très temporaire, aussitôt que nous sommes ramenés à notre « réalité » de tous les jours, l’encombrement mental qui vient avec reprend du service.

Si « décrocher » veut dire raccrocher aussitôt les vacances terminées, à quoi bon? Et si, plutôt que d’essayer tant bien que mal de décrocher durant les vacances, nous tentions plutôt de faire en sorte de ne pas « accrocher » à longueur d’année, nous nous éviterions ce besoin impérieux et répétitif de « décrocher ». Mais décrocher de quoi au juste? À quoi nous accrochons-nous au fait pour tant vouloir en décrocher? 

Il y a une page blanche, puis il y a des mots, des tonnes de mots qui remplissent la page. On s’accroche aux mots… Et qui voit la page blanche? Dans nos vies, on s’accroche aux images, aux sensations, aux sons, aux saveurs, aux pensées, aux regards des autres sur nous, aux paroles des autres, à nos idées, opinions… mais qui voit la trame de fond? Qui « voit » la Vie, l’Essence, Ce qui anime? Qui voit à travers les mots et les maux du monde… Qui voit la Vie, libre, accrochée à rien, soumise à rien. 

Est-ce que je me reconnais de cette Vie ou je m’accroche à tout ce qui va et vient, à tout ce va-et-vient des surfaces. 

Et si à mon agenda de tous les jours, il y avait ce regard sur la page blanche. Et si je laissais davantage carte blanche au Divin, à la Vie Elle-même pour dessiner mes jours. À quoi suis-accroché alors? À la Vie Elle-même. Et ai-je besoin d’en décrocher? Non… Il fait bon de s’y accrocher vivement, passionnément, amoureusement, chérir le silence entre les mots, la vie derrière les images… Et ainsi retrouver l’Esprit vacant qui est le mien et, à partir de cette vacance, la Vie, telle qu’elle est vraiment, se déploie. 

Être soi-même vacance plutôt qu’attendre inlassablement les vacances…


Marie-France Côté

dimanche 1 mai 2022

La Source de Vie


 

Vous avez certainement déjà vécu des moments où vous vous sentiez à plat, sans énergie, sans espoir, avec le sentiment que vous êtes dans une impasse, qu’il n’y a pas d’issue, qu’il n’y a pas de sens à votre vie. Et puis… un relèvement s’est produit. Peut-être vous êtes-vous tourné au-dedans, à bout de moyens extérieurs. Peut-être avez-vous demandé de l’aide à quelqu’un dont la conscience était établie dans la Présence. Et puis, soudainement ou graduellement, une vie nouvelle, une régénération, une éclaircie, une paix, un soulagement, une libération est venue, a pris place en vous. 

Qu’est-ce qui nous fait nous relever? D’où est venue cette vie nouvelle, ce regard nouveau, ce jour nouveau qui s’est levé en nous? C’est bien de l’intérieur que c’est venu. Mais d’où? D’où cela a-t-il surgit? D’où vient cette source d’eau qui a jaillit dans le désert de notre désespoir :

« Alors le boiteux sautera comme un cerf, Et la langue du muet éclatera de joie. Car des eaux jailliront dans le désert, Et des ruisseaux dans la solitude. »(Ésaïe 35:6)

Cette Eau de Vie, d’où prend-elle sa source? Tel un geyser à la surface de la terre qui jaillit de profondeurs insoupçonnées, la Source de cette vie renouvelée, de ces forces renouvelées, de cet espoir renouvelé nous ne la voyons pas… du moins, pas avec nos yeux physiques. Mais elle est assurément là, puisque ses effets sont indéniables. 

Heureux celui qui reconnaît cette Source sans l’avoir vu. Et comblé celui qui ne veut boire que de cette eau et la « voit » s’écouler en Lui. 

« Celui qui croit en moi, des fleuves d'eau vive couleront de son sein. » (Jean 7:38)

Et cette vie qui fait surgir la tige de la terre. On dit, « ça pousse » … Mais qu’est-ce qui pousse? D’où vient cette force, cette énergie, cette poussée? Et nous, ce qui nous pousse hors de la terre de nos noirceurs, qu’est-ce que c’est?

Et cette pousse que nous sommes, qui s’élève, quels fruits lui sont destinés? 

« Voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi; contre de telles choses, il n’y a pas de loi. » (Galates 5:22-23)

D’où vient cette force de jaillissement? Ça ne vient pas à nous de l’extérieur, ça sort du dedans…

Qu’est-ce qui jaillit? Se dresse, surgit? Se manifeste? S’exprime?

Qu’est-ce qui sort, fuse, éclate et se répand?

Qu’est-ce qui pousse? 

Qu’est-ce qui nous fait nous relever? Resurgir de nos cendres quand nous croyons être à bout de forces, de ressources, d’énergie?

« L'Éternel sera toujours ton guide, Il rassasiera ton âme dans les lieux arides, Et il redonnera de la vigueur à tes membres; Tu seras comme un jardin arrosé, Comme une source dont les eaux ne tarissent pas. » (Ésaïe 58:11)

La Grâce est là, elle s'écoule en chacun, mais qui le réalise? Qui se tourne vers cette Source invisible de toute vie? Qui, plutôt que se centrer sur tout ce qui passe, demeure dans ce qui reste? Qui, devant toutes les apparences, peut reconnaître leur néant? Qui peut reconnaître la croyance universellement admise en une vie séparée de sa Source – de Dieu – comme la base de toutes ces apparences? Une base sans fondement. Qui peut reconnaître qu'il n'y a rien d’autre à lui-même que Dieu? Serons-nous celui-là?

Un avec Dieu est la majorité... car il n'y a que cela qui EST.

À celui qui reconnaît cela jour après jour… c’est un torrent qui s’écoulera de lui… Il y aura surabondance des fruits de l’Esprit. Et du puits profond de cette conscience de notre unité reconnue et vécue, s’écoulera une source de vie éternelle. La vie en plénitude, non pas cette apparence de vie, limitée de toutes parts. 

 « Mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif; au contraire, l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source jaillissant en vie éternelle. » (Jean 4:14)


Marie-France Côté


vendredi 1 avril 2022

Il y a une issue…

 



Nous voyons le monde se fissurer… De droite à gauche. De haut en bas. Peut-être nous semble-t-il plus divisé que jamais. C’est peut-être plus apparent, mais il l’a toujours été. Le monde tel qu’on le voit sera toujours divisé, parce qu’on le voit à partir d’une partie de nous-mêmes prise à part. Une partie isolée de son Tout, qu’on a prise pour la totalité. Cette part visible du monde, vue à travers ce grand corps de pensées, qui étiquette et divise le monde en concepts. C’est ce corps de pensées qui domine en notre monde. Et ce que nous voyons est la traduction de ce monde conceptuel. Ainsi, l’idée que l’on se fait du monde sera toujours divisée, car elle est basée sur la pensée qui, par nature, se représente les choses plutôt que de les connaître directement. Toujours un mur, une séparation. Et la pensée a ses limites, car elle ne peut se figurer la totalité, l’invisible, l’innommable, l’infini.

Et nous restons là, bien campé dans nos idées, parfois prêts à nous battre pour elles. Et nous restons là, confinés dans notre monde, prêts à tout pour le défendre. Et nous nous évertuons à essayer de protéger ce monde. Ou encore à essayer de s’en libérer… Encore à coup d’idées et d’opinions, où l’on pense que c’est en tranchant avec encore plus de force entre les opinions qu’on viendra à bout de s’en sortir. Au lieu d’essayer d’élargir, d’agrandir notre vision, d’y inclure ce qui est invisible à nos yeux pour le moment. Non, nous continuons plutôt à fractionner en pensant que nous allons nous libérer en nous enfermant dans des concepts encore plus étroits. On étouffe, oui! Il est temps de s’en sortir… De se sortir des tombeaux d’idées mortes dans lesquelles nous vivons. En croyant que c’est ça la vie. 

Et s’il y avait un Monde derrière ces idées que l’on se fait du monde. Et s’il y avait une Vie derrière cette idée de ma vie, sa vie, leur vie… Derrière cette idée de mon monde, leur monde… 

Où allons-nous le trouver ce Monde? Où allons-nous la trouver cette Vie? En un lieu spécifique que peu d’élus, de chanceux vont réussir à s’accaparer? Non, encore la division. Ce n’est pas là l’issue. Nous l’avons tant et tant essayé… en vain. 

Et s’il y avait une vie secrète en chacun d’entre nous, au-delà des formes et des pensées? Un passage vers l’Infini. Encore une fois, nous en avons fait quelque chose, une idée. Et nous avons dès lors refermé le passage. Nous l’avons enfermé. Ça a pris une forme extérieure, ça a pris des habits de croyances, de dogmes, de rituels. Et, encore une fois, on pouvait s’ériger pour, on pouvait s’ériger contre. Et on pouvait se battre pour. Et on pouvait se battre contre. Rien de nouveau sous le soleil.

Mais s’il y avait ce Quelque Chose en nous, commun à tous, sur lequel on ne pouvait s’obstiner, se battre. Un Quelque Chose dont on ne pourrait être pour, dont on ne pourrait être contre. Un Quelque chose à l’abri de toute guerre, de toute blessure, de toute déchirure.

C’est trop beau pour être vrai, direz-vous! Eh bien, c’est plutôt tout ce que l’on s’est imaginé comme le monde, comme la vie qui n’est pas assez beau, pas assez grand, pas assez libre, pas assez parfait pour être Vrai.

Certains ont appelé ce Quelque Chose : Dieu, Allah, Jéhovah… le paradis, le ciel, la spiritualité. Là encore, ça laisse croire qu’il faut appartenir à un certain groupe pour y avoir accès, s’habiller d’une certaine façon, dire telle prière ou tel mantra. Ou encore, qu’il faut attendre la fin de nos jours pour y avoir accès. Ou encore, qu’il nous faut croire, être d’une religion ou d’une autre pour que ça nous concerne.

Mais, en vérité, qui n’est pas concerné par l’être? Mais qui s’arrête pour considérer, contempler l’être qu’il est. Pas les costumes visibles, pas les habits d’opinions, mais derrière : la simple nudité de l’Être. Le fait d’être, tout simplement. N’est-ce pas là notre seul et unique dénominateur commun? Si nous prenons le temps, chacun d’entre nous, pour nous découvrir et nous reconnaître comme être, n’allons-nous pas développer la capacité de nous reconnaître les uns les autres comme des êtres, de cette même vie commune? Si nous sommes de la même vie, comment pourrais-je m’en prendre à ta vie, sans que ma vie aussi ne soit concernée? 

Et si je réalise que nous sommes tous de la même vie, une seule et unique vie… je vais bientôt réaliser aussi que tout appartient à cette même vie. Qu’ai-je à m’accaparer? Qu’ai-je à prendre? Nous sommes de la même étoffe invisible! De la même substance infinie!

Il manque à l’homme la vision de l’Invisible : ce qui unit, ce qui unifie, ce qui pacifie, ce qui apaise, ce qui nous « déconfine » de nos identités morcelées, de nos peurs « morcelantes ».  

Il y a une issue à toutes les divisions apparentes et elle réside en nous. Si nous plongeons au-dedans dans l’invisible, notre capacité à voir ce qui ne nous est pas visible pour le moment va grandir. Notre capacité à percevoir ce que nous ne pouvons concevoir, ce que nous ne pouvons enfermer dans des concepts va s’ouvrir. 

Et comme des fleurs nous nous ouvrirons, nous nous épanouirons. Puisqu’en réalité nous sommes faits pour l’épanouissement, pas pour être comme des fleurs déracinées de leur Source Infinie, qui ne peuvent grandir, car plantées dans de trop petits pots.

Ça vous paraît trop abstrait? Regardez bien. Y a-t-il quelque chose de plus concret que l’être que vous êtes? Pas le corps, il ne cesse de changer. Pas les idées, les opinions, elles changent aussi. Qui peut prétendre s’établir sur un corps physique ou un corps de pensées et d’idées comme socle stable de son identité? Mais la conscience derrière, sans laquelle aucune expérience ne serait possible. La vie même, l’être, qui n’a pas de forme, de contours visibles, ni de bagages, d’éducation, d’expériences heureuses ou malheureuses. La trame de fond, inchangée, depuis le commencement de notre expérience. Cette Conscience-Vie, bien avant qu’on lui donne un nom, bien avant qu’on la confine à une forme. N’est-ce pas là du concret, du solide, du stable?

Et si toutes ces apparences de fin du monde n’étaient en fait qu’une invitation faite à tous, faite à chacun d’entre nous, intimement, de revenir à l’origine de nous, notre Source à tous. De remonter le courant, comme les saumons… pour retrouver ce qui en nous, est réellement fertile. Ce qui peut se régénérer, constamment. 

Allons-nous saisir l’invitation? Allons-nous saisir l’occasion, individuellement, de faire réellement tomber les masques. Si ça se fait seulement à l’extérieur, à quoi bon? Allons-nous saisir l’occasion de réellement nous « déconfiner »? De l’intérieur? Car si on le fait juste au-dehors, ce n’est pas suffisant, ce ne le sera jamais. Allons-nous saisir l’occasion de réellement mettre fin à la « distanciation »? Dans le cas qui nous concerne cette distance que nous avons tous pris par rapport à ce que nous sommes, au plus intime et au plus vrai de nous-mêmes.  

Tant que nous ne le faisons pas, nous vivoterons dans un monde où nous aurons toujours quelque chose à défendre, à débattre. Un monde où nous aurons peur les uns des autres, nous croyant étrangers les uns aux autres. Un monde où nous aurons toujours peur d’une chose ou une autre, croyant qu’elle a le pouvoir de porter atteinte à notre vie. Parce que tant que chacun de nous n’aura pas découvert la Vie, il y aura cette idée de vie personnelle à protéger… Un bouton de vie qui n’est pas encore éclot. Une vie confinée qui cherche à réellement s’épanouir. Et c’est au-dedans que ça commence.

Arrêtons de penser que ça dépend de quelqu’un ou de quelque chose au-dehors. Ça ne fait que nous éloigner de ce passage vers l’Infini Invisible. Ça nous garde occupés au-dehors. Mais ça ne nous libère jamais. Ou que très partiellement, et ce sera toujours à recommencer. 

Mais, il y a une issue… Elle demande une plongée intérieure. C’est risqué, ça fait peur? Eh bien, pourtant, c’est en restant au-dehors, en superficie de nous-mêmes que nous nous maintenons dans le risque et dans la peur. Alors, que risquons-nous? On continue à se débattre pour trouver des solutions à l’extérieur… Ou on laisse cette vision cul-de-sac pour rejoindre la vision de l’Être intérieur, qui transforme notre regard : d’un monde morcelé à la révélation d’un nouvel horizon, qui nous unifie à lui, et nous rétablit dans une réelle liberté que rien au-dehors ne peut atteindre. 

Alors, l’issue? Se réfugier dans le Réel, au-dedans. Beaucoup croient que méditer, se tourner au-dedans, c’est fuir. Soit! Mais non pas fuir la réalité, comme beaucoup le croient, mais fuir dans la Réalité. Et, à partir de là, La laisser Se révéler, Se dévoiler à nous. Retrouvons tous cette humilité essentielle, cette nature d’enfant prêt à tout recommencer et à découvrir le monde. Tournons-nous au-dedans et écoutons ce qui en nous EST, ce qui en nous SAIT, au-delà des images et des concepts : « Montre-moi le monde. Le monde que j’ai imaginé, que j’ai accepté me convient de moins en moins, il fait de moins en moins de sens. Il est cousu de fils blancs et il semble s’effilocher devant mes yeux. J’ai tout à découvrir. Je ne connais pas le monde. Je ne me connais pas. » Alors, je me tais et j’écoute, car j’ai tout à découvrir… Maintenant. 


Marie-France Côté

La rentrée... mais où?

  On a l’habitude de rentrer à l’extérieur, au-dehors : on rentre au pays, à l’école, au travail, dans sa maison, dans sa chambre…  On peut ...